Une journée à Nicosie : l'excursion à Chypre que presque personne ne fait
Nicosie est la ville la plus fascinante de Chypre, et presque aucun vacancier ne prend la peine de la visiter.

Cela peut sembler sévère, mais c'est la réalité. Au fil des années, nous avons accueilli des centaines de visiteurs - familles et couples - qui passent une ou deux semaines sur la côte, nagent dans une eau magnifique, mangent à merveille, bronzent tranquillement, puis repartent sans jamais avoir vu la capitale de l'île. L'idée ne leur effleure même pas l'esprit. Les stations balnéaires ont si bien ancré l'image de Chypre comme destination soleil que Nicosie, blottie à 50 kilomètres à l'intérieur des terres, sans accès à la mer ni infrastructure hôtelière côtière, n'entre tout simplement jamais dans la conversation.
C'est une erreur. Chypre offre bien plus que son littoral, et Nicosie en est la meilleure preuve. C'est la dernière capitale divisée du monde, une ville coupée en deux par une zone tampon de l'ONU où les conflits politiques non résolus du XXe siècle côtoient des ruines romaines et des églises médiévales. Aucune autre excursion d'une journée en Europe n'offre une telle densité historique. Nous avons effectué cette excursion à Nicosie des dizaines de fois, et elle nous fait encore réfléchir à chaque visite.
Voici comment nous passerions cette journée.
Y aller : préparer votre excursion à Nicosie
Nous avons fait ce trajet suffisamment de fois pour avoir nos petites habitudes. Un café à la station-service près de la sortie de Governors Beach, les vitres baissées sur l'A1, et l'étendue plate de Nicosie qui se dessine à travers la brume, environ 40 minutes après avoir quitté Limassol.

Depuis Limassol, Nicosie est à environ 45 minutes par l'autoroute A1. Depuis Paphos, comptez environ 1 heure 15 via l'A6 puis l'A1. Larnaca est le trajet le plus court de tous, environ 30 minutes tout droit par l'A2.

Se garer près des anciens remparts est plus facile que vous ne le pensez. Nous visons généralement le grand parking municipal de l'avenue Omirou, à cinq minutes à pied de la place Eleftheria. Comptez environ 2 à 3 euros pour la journée complète, et il est rarement complet avant 10h. Si vous préférez éviter la voiture, des bus interurbains relient Limassol et Larnaca à la gare de Solomou Square à Nicosie pour moins de 7 euros l'aller simple, bien que les horaires soient moins fréquents le week-end.
Deux conseils pratiques. Premièrement, évitez les lundis. Le Musée de Chypre et le Musée Municipal Leventis sont tous deux fermés ce jour-là. Deuxièmement, en juillet et août, la chaleur à l'intérieur des terres est vraiment intense, dépassant régulièrement les 40°C. Partez tôt. En été, nous visons une arrivée à 9h, ce qui nous laisse trois bonnes heures de marche avant que la ville ne se transforme en four.

Matinée : se promener à l'intérieur des remparts vénitiens
Matinée : se promener à l'intérieur des remparts vénitiens
La place Eleftheria est le point de départ idéal. Zaha Hadid a repensé cette place civique, et les avis sur le résultat sont partagés, mais elle fonctionne parfaitement comme point de repère. De massifs remparts vénitiens en grès s'élèvent derrière elle, définissant la silhouette de la ville depuis le XVIe siècle. Depuis le haut de la place, le regard plonge sur la vieille ville fortifiée où vous passerez l'essentiel de la journée.
En marchant vers le nord, vous atteignez en quelques minutes la rue Ledra, l'artère piétonne principale de la ville. Ledra est un mélange étrange et captivant : enseignes de grandes chaînes et boutiques locales côtoient des kebabs et d'anciennes pharmacies. Les bâtiments deviennent plus anciens et plus intéressants à mesure que l'on progresse vers le nord, jusqu'à ce que la rue atteigne le poste de contrôle de la Ligne Verte et s'arrête. De là, on aperçoit la zone tampon - des sacs de sable et un silence pesant - et c'est un rappel saisissant de l'endroit où l'on se trouve. Mais votre journée reste de ce côté-ci.
Revenez plutôt vers l'ouest, en direction du Musée de Chypre sur Museum Street. C'est la collection archéologique phare de l'île, et elle mérite au moins une heure de votre temps. Figurines de l'Âge du Bronze provenant d'Enkomi, statues de calcaire d'Ayia Irini, l'Aphrodite de Soli - le tout exposé sans fioritures dans des galeries au charme légèrement suranné. Ce manque de clinquant donne paradoxalement aux objets une présence plus authentique que dans un musée ultra-moderne.
L'entrée coûte 4,50 euros. L'une des visites de musée les plus intéressantes d'Europe au regard du prix. Arrivez avant 11h, car ensuite les groupes scolaires envahissent les salles et le calme s'envole.
Fin de matinée : Chrysaliniotissa et les ruelles
La plupart des visiteurs se cantonnent à la rue Ledra et aux grandes places. Nous vous encourageons plutôt à partir vers l'est, dans le quartier de Chrysaliniotissa, où Nicosie révèle un visage entièrement différent.
Chrysaliniotissa est le plus ancien quartier résidentiel intra-muros, qui tire son nom de la petite église Notre-Dame du Lin Doré, datant de 1450. C'est un dédale de ruelles étroites bordées de maisons ottomanes et coloniales restaurées. Certaines abritent désormais des ateliers d'artisanat, d'autres ont été transformées en petites galeries d'art. Quelques-unes restent à moitié en ruines, recouvertes de bougainvilliers, des chats assoupis sur leurs marches.
Prenez le temps de flâner. Le street art s'est discrètement répandu sur les murs craquelés entre les façades rénovées - des fresques qui commentent la division, l'identité, l'étrangeté singulière de la vie dans une ville coupée en deux. Personne ne vous guide. Vous tournez simplement au coin d'une rue, et là, ça s'impose à vous.
À la limite ouest de la vieille ville, le Hamam Omeriye mérite un arrêt délibéré. Cette église augustinienne du XIVe siècle a été transformée en hammam pendant la période ottomane, et elle fonctionne encore comme bain public aujourd'hui. Vous pouvez réserver une séance de bain de vapeur pour environ 25 euros, ou simplement entrer dans le hall d'accueil pour admirer la maçonnerie. Peu de bâtiments à Nicosie portent autant de strates d'histoire en un seul lieu.
Déjeuner : où manger près de la vieille ville
Évitez Laiki Geitonia pour manger. Ce « quartier traditionnel » restauré près de la place Eleftheria est pittoresque à photographier, mais les restaurants y pratiquent des tarifs touristiques pour un mezze somme toute ordinaire.
Idéal pour une promenade. Pas pour déjeuner.
Marchez plutôt cinq minutes vers l'est, jusqu'aux rues autour de la place Faneromeni. C'est là que la jeunesse nicosienne aime manger et se retrouver, et la qualité y est nettement meilleure.
Nous revenons toujours chez Piatsa Gourounaki sur la rue Onasagorou (4,4 étoiles, plus de 1 200 avis) pour le souvlaki de porc, bien mariné et servi sans chichis. Pour quelque chose de plus posé, la Taverna Zanettos, dans les ruelles au sud de la place, propose un mezze traditionnel depuis 1938. Le service est d'une lenteur presque philosophique, mais les plats arrivent en vagues et chacun justifie pleinement sa présence.
La scène gastronomique de Nicosie n'est pas dans la performance. Personne ne nappe les assiettes de mélasse de grenade pour Instagram. Les portions sont généreuses, les prix honnêtes, et la clientèle est quasi exclusivement locale. C'est exactement l'atmosphère que nous recherchons.
Après-midi : mosaïques, icônes et cours silencieuses
Après le déjeuner, l'après-midi est idéalement consacré à la flânerie. La vieille ville de Nicosie se prête magnifiquement à l'exploration sans itinéraire strict, mais si vous préférez une structure, voici les étapes que nous privilégierions.
Le Musée Municipal Leventis sur la rue Hippokratous (entrée gratuite, fermé le lundi) retrace l'histoire de Nicosie de l'Antiquité à nos jours dans des salles à taille humaine et bien conçues. Il a remporté le Prix du Musée Européen de l'Année en 1991, et la collection n'a pas pris une ride. Comptez 45 minutes.
Dix minutes à pied vers le sud vous mènent au Centre Culturel Archevêque Makarios III, qui abrite le Musée Byzantin et sa collection de plus de 200 icônes couvrant mille ans d'histoire. Ce qui vous arrête net : un ensemble de mosaïques du VIe siècle, récupérées dans des églises de la partie occupée de l'île après avoir été pillées et vendues à l'étranger. Les voir restituées et exposées ici a une portée que nul audioguide n'a besoin d'expliquer.
Pour une perspective radicalement différente, l'Observatoire de la Tour Shacolas sur la rue Ledra offre une terrasse panoramique au 11e étage. Par temps clair, on aperçoit les montagnes Troodos à l'ouest et la zone tampon qui découpe la ville directement en contrebas. L'entrée coûte 2 euros et la visite prend dix minutes, mais ces dix minutes donnent un tout autre sens à tout ce que vous avez parcouru à pied.
Entre ces étapes, laissez-vous perdre. Des portes sculptées à moitié cachées sous le jasmin, des cours où les chats sont plus nombreux que les gens, de vieux messieurs jouant au tavli devant des épiceries du coin. Les ruelles de Nicosie ne se donnent pas en spectacle pour les visiteurs. Elles existent, simplement, avec leurs couches d'histoire et leur patine, entièrement elles-mêmes.
La zone tampon et ce qu'elle représente
À un moment de la journée, vous vous approcherez suffisamment de la zone tampon pour la voir clairement. Des sacs de sable. Des barbelés. Des bâtiments criblés de balles que personne n'a touchés depuis 1974, leurs balcons portant encore du linge qui avait été mis à sécher il y a près de cinquante ans. Des casques bleus de l'ONU patrouillent une bande de no man's land urbain qui traverse le centre d'une capitale européenne.
Nous ne tenterons pas ici de résumer la situation politique. La division de l'île en 1974 est complexe, douloureuse et toujours en suspens.
Ce que nous pouvons dire, c'est ceci : se tenir près de la Ligne Verte, entendre la musique d'un café d'un côté et le silence des bâtiments abandonnés de l'autre, provoque une émotion qui vous accompagne bien plus longtemps qu'un coucher de soleil sur la plage. C'est pourquoi nous pensons que chaque visiteur à Chypre devrait passer une journée à Nicosie. Non pas parce que c'est agréable à la façon d'une journée en bord de mer, mais parce que c'est réel d'une manière que très peu d'endroits en Europe peuvent encore offrir. Cela donne au reste de votre séjour une profondeur dont vous ne soupçonniez pas l'absence.
Retour sur la côte : profiter pleinement de votre base
Nicosie se prête mieux à une excursion à la journée qu'à une nuit sur place. En fin d'après-midi, la chaleur commence à se dissiper et l'envie d'une baignade et d'une bière fraîche se fait sentir à votre location.
Nous avons peaufiné le rythme idéal : quitter Nicosie avant 16h, s'arrêter dans un village du Troodos pour un café si vous venez de la direction de Paphos, et vous voilà au bord de la piscine avant que le soleil ne descende.
Un appartement ou une villa à Limassol vous place à 45 minutes de la capitale, avec le retour en bord de mer pour la soirée. Une base à Paphos est un peu plus éloignée, mais reste tout à fait gérable. Dans les deux cas, vous êtes rentrés avant le dîner.
Si Nicosie vous a donné envie de découvrir davantage le vrai visage de Chypre, notre guide de l'île couvre tout, des villages de montagne aux sites antiques, avec le même niveau de détail. Et si vous hésitez encore sur où séjourner, notre collection de villas vous offre une base qui transforme une excursion à Nicosie en une évidence plutôt qu'en une aventure.
Allez à Nicosie. C'est la journée qui changera la façon dont vous parlerez de Chypre à votre retour.